Texte


                                                                            « A chaque moi son objet ; à chaque sur-moi son abject »
                                                                                                                                             Julia  Kristeva


Je m'intéresse au côté noir qu'il y a en tout un chacun, le côté obscur ou abject, à la mélancolie qui nous habite. Mon œuvre est une recherche vers le soi intérieur, celui que j'identifie avec l'abjection «le  moi », mais il est aussi nécessaire de comprendre le soi extérieur, celui de la morale collective « l'autre ». Profondément admirateur des peintures noires de Goya pleine de « choses terribles et déjantées qu’on n’avait jamais imaginées», et de la peinture contemporaine allemande représentée par les artistes Jörg Immendorff, Anselm Kiefer ou encore Daniel Richter et Jonas Burgert.

Mon intérêt dans l'art s’oriente davantage vers la narrativité que la conceptualisation de l’objet artistique. L’essentiel réside dans le dialogue, la communication, l’œuvre doit être le reflet sincère de l'artiste, car peindre c’est surtout être sincère avec soi même.

J’utilise parfois dans mon travail des icônes artistiques contemporaines, pour faire référence à la théâtralité de l'art d'aujourd'hui. Ces icônes transfèrent aux tableaux un sens plus ironique, plus métaphorique, plus allégorique, en contrastant avec la noirceur qui domine le tableau, l’icône devient symbole et l’œuvre marchandise.

Je cherche à représenter dans mes œuvres une atmosphère étrange, comme si d’un rêve il s’agissait, à perturber les valeurs d’une société qui se cache derrière les symboles et les objets kitch que nous les artistes réalisons.

Mon travail est une œuvre à mi-chemin entre l'état liquide, et l'état solide, toujours dans la viscosité, dans l’androgynisme de l’entre-deux, comme quelque chose qui ne trouve pas ça place naturellement et qui a besoin d’être modifié pour se trouver. C'est dans cet interstice, dans cette marge entre un état et l'autre, que l'abject se situe et que mon œuvre prend force, et c'est dans cet espace étroit que je travaille, dans l'entre-deux, dans l’obscurité, comme si mon atelier devenait mon sanctuaire et mon œuvre ma religion, à la recherche du chaman, de l'intermédiaire entre l'homme et son esprit.


Alberto Tristante



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